La Smart City doit-elle devenir une Wise City ?

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Utilisée parfois à tout va, l'appellation "Smart City" représente aujourd'hui une idée, un objectif, une utopie à atteindre absolument pour et par les villes, au détriment du bon sens parfois. Ses détracteurs imaginent un autre concept, un modèle plus frugal, plus résilient qui tend vers la raison et vers la préservation, l'utilisation et la transformation maximale des ressources. De la Mésopotamie à la Smart City, bienvenue dans l'ère de la Wise City, ville sage du 21ème siècle.

La ville, de la Mésopotamie à la Smart City


C'est en 4000 avant notre ère que la première ville est née en Mésopotamie. Plusieurs communautés se réunissent alors pour construire et édifier l'ancêtre de ce qui est aujourd'hui la civilisation urbaine. Les villageois conçoivent un nouveau mode de vie, une ville organisée autour des échanges, de l'agriculture et d'une concentration d'habitants au même endroit encore jamais observée auparavant. 

Progressivement, la ville prend de l'assurance et le modèle est importé sur d'autres continents. Elle prend de l'ampleur, du pouvoir et amène avec elle des enjeux politiques, religieux, commerciaux… La ville attire, la ville réunit des professions de plus en plus variées, de la plus honorable à la plus discutable. Mais la densité démographique soulève inconfort et rejet. La ville devient le symbole de la perdition, de la misère, de la débauche, de l'insalubrité mais aussi de l'oisiveté et des mœurs légères. 

Une vision négative qui s'installe. Au Moyen-Âge, elle est ternie par cette image. Mais force est de constater qu'elle a su s'adapter. Il en a fallu du temps et des changements pour parvenir à la Smart City que nous connaissons aujourd'hui. Des centres-villes insalubres et minuscules nous sommes très (très) lentement passés à des hypercentres agréables à vivre. Il a fallu pour ça des milliers d'années.

On pointe du doigt cette ville que l'on rejette mais que l'on idéalise pourtant. C'est au 16ème siècle seulement que Thomas More, humaniste convaincu, livre le roman Utopia. Avec lui, l'utopie d'une île, d'une civilisation qui se respecte et qui fonctionne sur le principe de l'égalité humaine. Du logement à la répartition des richesses en passant par le travail et les loisirs, l'auteur pense une société à l'opposé de ce qu'il se passe alors dans les villes. Une cité parfaite, celle que l'on doit tendre à atteindre. La convoitée Smart City d'aujourd'hui ? Espérons que non alors que le terme "utopie" est désormais passé dans le langage courant comme un rêve, un projet que l'on espère mais qui reste inaccessible.

Thomas More a ouvert la voie aux utopistes, à ceux qui ont pensé et rêvé la ville différemment. Parmi eux, Voltaire et son Eldorado qui jamais ne s'est concrétisé. D'autres penseurs ont eu plus de chance et ont mené à la naissance de Brasilia (Brésil) ou de Auroreville (Inde) sur des terrains encore vierges à l'époque. Pour n'en citer qu'une, Philadelphie a été conçue par des urbanistes se détournant de la concentration du pouvoir de manière traditionnelle. Ses fondateurs rêvaient d'une ville reposant sur l'égalité et sur la liberté de culte. Résultat, une ville construite sur le principe du damier, une ville dans laquelle le centre-ville n'est pas un centre, facilitant l'étalement urbain et le déplacement de chacun.

Mais la réalisation de ces villes utopiques n'évite pas pour autant les tensions sociales. Croissance rapide, démographie trop importante, ressources insuffisantes, environnement négligé, cadre de vie altéré… La prise de conscience est massive depuis quelques années. Un revirement de situation qui a impliqué l'émergence de la ville durable, de la Smart City, de la ville intelligente, de cette ville qui prend en considération chacune de ces problématiques pour tendre à l'amélioration. Nombreuses sont les cités qui se sont engagées dans un ou plusieurs projets dits de "Smart City" ou qui veulent suivre ses grands principes pour tout ou partie. Mais cette même Smart City n'est pas une fin en soi, voyons immédiatement pourquoi.


C'est quoi la Smart City : de l'utopie aux grands principes, la ville intelligente a ses dérives


Modèle adulé ou rejeté, le modèle de la Smart City ne laisse pas indifférent. Elle a cet avantage de faire bouger les lignes, de démontrer une forte volonté pour se réinventer.

Quels sont les grands principes de la Smart City ?


Au 21ème siècle, Smart City rime avec outils et nouvelles technologies. Quand on pense ville intelligente, on pense capteurs, intelligence artificielle, Big Data… Et pourtant, les nouvelles technologies sont certes un moyen mais pas une finalité en soi. La Smart City est en effet animée par des desseins axés développement durable, projets citoyens, gestion des ressources, cadre de vie amélioré… Alors que le terme est utilisé, il faut le dire, à tout va, quels sont vraiment les grands principes de la Smart City ? Les enjeux de la ville intelligente ?

• La mobilité, un défi pour la Smart City : l'un des plus grands enjeux de la ville intelligente est de coordonner les différents modes de transport pour fluidifier la circulation et parvenir à une mobilité sans heurt. Voitures personnelles, vélos, piétons, trains, transports en commun… la Smart City est le chef d'orchestre de la mobilité. Une partition qui amène avec elle des préoccupations environnementales : comment, en repensant la mobilité, est-il possible de réduire l'empreinte environnementale du trafic citadin ? Comment réaménager l'espace urbain pour que tous les acteurs, tous les modes de déplacement puissent cohabiter de manière fluide et limpide ? La Smart City s'attache également à la mise en place des dernières innovations en matière de transports en commun mais aussi de mobilité électrique.
 
 La Smart City, une ville durable et responsable : la ville intelligente travaille à devenir une ville durable. Comment ? En optimisant la gestion des déchets et de l'énergie. Les déchets doivent ainsi être réduits grâce à des systèmes de récupération et de valorisation. Les énergies sont quant à elles au cœur des préoccupations avec des actions fortes et concrètes comme l'éclairage public à faible consommation ou la production de circuits d'énergies locaux avec des panneaux solaires sur les toits des édifices publics et privés par exemple.
 
• L'urbanisation réfléchie et l'habitat intelligent sont deux chantiers phares de la Smart City. L'urbanisation en cœur de ville fait aujourd'hui face à deux problématiques : de plus en plus de monde et un foncier cher et limité. Les dirigeants de la ville intelligente réfléchissent donc l'urbanisation et le logement différemment. Les logements de la Smart City s'attachent ainsi à préserver l'intimité des habitants, ils encouragent le vivre-ensemble et le bien-vivre. Le bâti de plus en plus intelligent fait la part belle à l'ensoleillement, à la gestion des énergies et à la réduction des consommations.


Quels sont les outils de la Smart City ?


Et pour mener à bien ces incontournables chantiers, la Smart City se repose sur différents outils :

 Les nouvelles technologies de l'information et de la communication : indispensables dans et pour la ville intelligente, les NTIC se sont fait une place de choix. On pense notamment à la domotique, aux capteurs intelligents, aux compteurs intelligents, aux différents dispositifs d'information et à l'intelligence artificielle. Autant de facilitateurs qui permettent de collecter d'indispensables données nécessaires à l'analyse des usages et besoins et à la création de solutions par anticipation. Des exemples ? Les mesures de niveaux de pollution en ville, l'analyse et la surveillance du trafic routier, de la fréquentation des transports en commun… Ces données permettent également d'améliorer les services existants : le quartier de cette ville est-il suffisamment équipé en bornes de recharge électrique ? L'éclairage public est-il en adéquation avec les besoins tout en étant optimisé et pensé pour réduire les consommations énergétiques ? La création d'un Smart Parking est-il judicieux dans ce secteur ?
 
• La gouvernance dans la Smart City : les nouvelles technologies seules ne peuvent définir la ville intelligente. Elles sont le socle d'une stratégie beaucoup plus générale qui repose sur la gouvernance : la ville doit répondre aux besoins de ses citoyens. Si cela paraît simple ainsi écrit, la réflexion derrière la gouvernance réunit architectes, urbanistes et collectivités territoriales. Des acteurs qui planchent sur les informations recueillies de manière juste et étique et œuvrent pour une gouvernance transparente via une communication à double sens. Par le biais de la Civic Tech notamment, la parole est donnée aux habitants, les impliquant pleinement dans la construction de leur ville de demain.
 
• Le citoyen, le citadin, est ainsi un pilier de la ville intelligente, un acteur majeur qui doit prendre part à la vie de sa ville, à son avenir dans tous les domaines : social, mobilité, espaces verts, ressources, loisirs, habitation, emploi… Les habitants ne sont plus de simples consommateurs mais bien des acteurs, des partenaires dans et de la Smart City.

Les limites de la Smart City


Si Smart soit elle, la City a tout de même ses travers, ses limites de plus en plus pointées du doigt par ses détracteurs ; et elle en a ! Mais pourquoi ? Parce que l’omniprésence des nouvelles technologies, le Big Data effraye. Quels sont aujourd’hui les principaux reproches formulés à l’encontre de la ville intelligente ?

• La Smart City recourt massivement aux ondes, présumées nocives pour les habitants.
• Via les nouvelles technologies, le risque d’hyper surveillance est accru.
• L’incursion dans la vie privée est donc à craindre.
• La sécurité des données n’est pas complètement assumée/maîtrisée.
• La recherche constante d’efficacité à outrance ne laisse aucune place à la spontanéité et au hasard.
• En mettant le citoyen au cœur des réflexions et décisions, le risque de l’habitant démiurge n’est pas loin.

Si l'amélioration de la ville est nécessaire, gardons en tête que la Smart city est un territoire intelligent mais multidimensionnel. Il est ainsi possible de prétendre au titre de Smart City alors même que seule la mobilité est améliorée. L'amélioration de tous les systèmes de la ville n'est pas utile pour devenir une ville intelligente. Et cela pose problème…

Face à ces critiques, la définition de la ville intelligente s’affine encore. Elle doit être :

• Viable sur le long terme.
• Protectrice pour ses habitants.
• Intelligente pour se réinventer.
• Ouverte pour laisser sa place à chacun.
• Connectée pour aider ses démarches d’amélioration.

Portée comme une finalité pendant quelques années, la Smart City est aujourd’hui un modèle décrié par certains. Mais qu’est-ce que ces détracteurs souhaitent pour la ville de demain ? Réponse : une Wise City.

La Wise City ou la ville sage


La Wise City, littéralement traduit par ville sage s'implémente dans l'esprit de certains urbanistes et acteurs urbains. Pointant du doigt les travers de la Smart City, ils reviennent à la sagesse, à la raison en tentant d'atteindre des objectifs tout en faisant usage du moins de ressources possible. Les synergies sont prônées sans fragiliser l'écosystème ville.

Qu’est-ce qu’une Wise City ?


Entrons dans le vif du sujet sans attendre : la Wise City ne s’oppose pas à la Smart City mais elle en évite les travers selon ses défenseurs. Il s’agit d’un concept qui prône la mise en place de nouveaux services en réponse aux besoins des citoyens. Comment ? En collectant des données et en les analysant via différents moyens et supports. On vous l’avait dit, Smart City et Wise City ont quelques points communs. Mais même si la Wise City est résiliente et connectée, elle penche en faveur d’un modèle urbain beaucoup plus sobre, à échelle humaine avec une utilisation rationnalisée des nouvelles technologies. L’intelligence collective est au cœur de la Wise City grâce à l’implication majeure des citoyens. On peut dire en un sens que la Wise City suit une volontaire ligne directrice frugale, nous y reviendrons.

Illustration d'un projet de Wise City, le projet Smart Electric Lyon a eu recours aux Lyonnais pour élaborer différentes solutions de services à l'énergie. La Wise City souhaite avant tout établir une relation de confiance et de proximité entre les dirigeants et les citoyens, mais pas seulement par le biais du numérique. Les habitants ne sont plus des consommateurs mais bien des "consom'acteurs".

Mode d'emploi de la Wise City


Si nous devions résumer le guide pratique de la Wise City, nous pourrions l'intituler "Le concept de Wise City ou le modèle de frugalité". Est frugal celui qui sait vivre simplement et se nourrir de peu. Nous avons là l'idée générale de la ville sage. Pas de superflu, une dimension humaine avant tout, la capacité à préserver les ressources et à les transformer tout en réduisant les budgets. Et même s'il n'y a pas de budget, la Wise City appelle à la créativité des dirigeants, des urbanistes et des citoyens via des systèmes évolutifs et ouverts évidemment. Les modèles stables et fermés sont tout simplement proscrits de la Wise City. 

Autre point important du manuel de la Wise City, nous l'avons dit, la ville doit rester à taille humaine avec des solutions collaboratives mises en œuvre à l'échelle locale. Elle se repose sur les humains plus que sur les technologies bien que ces dernières ne soient pas exclues. Et en parlant d'humains, tous sont invités à cohabiter ensemble dans des lieux de vie mixtes. Le bien-être des résidents, la simplicité et le pragmatisme sont des ancrages forts de la Wise City.

Big Data VS Wise Data


Le Big Data est à la fois un enjeu et un travers majeur de la Smart City. La collecte soulève en effet des points de sécurité et de protection des données extrêmement sensibles et épineux. Il faut dire que la ville intelligente porte cette collecte à son paroxysme. Tous les moyens sont bons pour récolter cette mine d'or. S'il est certain que la Smart City a besoin des données, surtout celles collectées en temps réel, relatives notamment à la sécurité de la ville principalement, il n'y a pas nécessité à collecter à outrance ou à faire double emploi. Les données de circulation des habitants dans les transports par exemple sont déjà récupérées par les entreprises. Inutile pour la Smart City de les détenir, un partenariat reposant sur la fiabilité des intervenants est suffisant. C'est du moins ce que prône la Wise City qui, en matière de collecte des données également applique le principe de la frugalité : juste le nécessaire, ni plus, ni moins. 

Arrivés au terme de cet article, il faut tout de même souligner que la Smart City a des objectifs plus que louables. Comme depuis la nuit des temps (souvenez-vous la première ville en Mésopotamie) il s'agit d'un modèle qui permet au(x) territoire(s) d'évoluer et de tendre vers une dynamique d'amélioration générale. Mais ce terme même de Smart City est encore trop vague, à la fois fourre-tout et trop large. S'il voit se concrétiser de belles initiatives, il se fait également le porte-parole de la Data à outrance et de l'émergence d'un concept marketing qui n'en a parfois que les contours. La Smart City ne peut répondre à tous les problèmes de la ville, l'intelligence artificielle et la Data ne sont pas les remèdes à tous les maux urbains. La Wise City veut croire qu'en étant plus raisonnable, plus sage, il est possible de parvenir à un modèle de ville intelligente durable et pérenne. Qu'en pensez-vous ? Vous êtes plutôt Smart City ou Wise City ? 
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