Smart City : la ville du quart d'heure comme modèle

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On parle beaucoup aujourd’hui de Smart City, de Green City, de ville intelligente, de data, d’intelligence artificielle, de nouvelles technologies, de digitalisation… Bref, la ville du 21ème siècle suit la mouvance du développement constant, intelligent, du questionnement et du renouveau. Mais avant d’évoquer des concepts tous plus novateurs les uns que les autres, avant de mettre le cap sur la technologie, à outrance parfois, certains penseurs urbains s’attachent à des préoccupations plus terre à terre et tout aussi importantes. Et savez-vous ce qui ressort de cette analyse d’un autre genre ? Un indice : la ville intelligente n’est pas nécessairement celle que l’on pense, bardée de capteurs et de détecteurs. La Smart City est la ville pratique et écologique, celle qui permet aux citadins de tout faire à pied en moins de 15 minutes. Bienvenue dans la ville du quart d’heure, un vrai modèle innovant.

La ville du quart d’heure séduit les Smart Cities du monde entier

Les métropoles de la planète ont un nouveau cheval de bataille : l’hyper accessibilité. De Paris à Édimbourg en passant par Melbourne, Copenhague et Ottawa, les collectivités tendent vers un parfait rééquilibrage de leurs territoires, celui qui permettra aux habitants de trouver à moins de 15 minutes de chez eux tout ce dont ils ont besoin au quotidien. Cette ville du quart d’heure est aujourd’hui un modèle vers lequel tendre mais nécessite une vaste réorganisation, un fort soutien politique, une analyse des besoins de chaque secteur…


La ville du quart d’heure est une ville durable, vivable, enviable et viable dans laquelle chaque citadin trouve une réponse satisfaisante à ses besoins, essentiels principalement mais non essentiels également. Il peut ainsi, depuis son agréable lieu de vie, travailler, faire ses courses, faire de l’exercice physique ou encore s’épanouir au sein d’associations culturelles et sportives et de lieux de divertissement. 15 minutes ou un kilomètre donc, doivent idéalement séparer l’habitation des autres infrastructures.


Si ce modèle de Smart City paraît simple sur papier, il est beaucoup plus complexe dans son application. Le concept a en effet été théorisé pour la première fois en 2014 par le co-fondateur et directeur scientifique de la Chaire Entrepreneuriat Territoire Innovation (ETI) de l’IAE Paris – Sorbonne Business School, l’urbaniste franco-colombien Carlos Moreno. Depuis, les villes qui s’y intéressent tendent vers ce modèle mais il s’agit d’une réelle mise en œuvre de longue, très longue haleine, surtout caractérisée et suspendue aux démarches politiques menées pour le développement des territoires.


Si le travail est si ardu, c’est parce qu’il vient démonter pour partie certaines politiques menées au cours des dernières décennies. En effet, les villes, Smart Cities en tête, ont été pensées en termes d’hyper mobilité des personnes et de zones monofonctionnelles. On a donc assisté à l’émergence de zones commerciales, de zones résidentielles, de quartiers de bureaux… scindant et distinguant chaque activité de manière très précise. L’heure est à présent à ce rééquilibrage majeur, permettant à chacun d’évoluer pleinement au sein de son quartier.

L’hyper mobilité dans la Smart City ne fait plus recette

Le mouvement qui se joue actuellement est révélateur d’un phénomène récurrent : les besoins et les envies changent. Alors que les politiques de distinction des espaces et des fonctions se sont succédées pendant des années, les cartes sont rebattues, l’hyper mobilité n’est plus séduisante. Plus encore, elle se révèle incompatible avec les enjeux majeurs de la ville intelligente, à commencer par les préoccupations environnementales et climatiques. Devoir parcourir plusieurs kilomètres en voiture pour faire ses courses est un non-sens que la ville du quart souhaite éviter voire supprimer. La voiture individuelle, plus encore pour les petits trajets ou pour les actions du quotidien que l’on peut « rapprocher » du lieu de vie n’a simplement plus sa place. La consommation d’énergie fossile s’en trouvera ainsi fortement réduite à terme.


Selon Carlos Moreno, « concilier les exigences de la ville durable mais également les nouveaux rythmes avec d’autres manières de vivre, d’habiter, de travailler et de prendre du loisir, passe par une transformation de l’espace urbain encore fortement monofonctionnel, avec la ville-centre et ses différentes spécialisations vers une ville polycentrique, portée par quatre composantes majeures : la proximité, la mixité, la densité, l’ubiquité ».


Et pourtant, ce modèle de dépendance est celui qui domine actuellement, ce modèle voué aujourd’hui à être transformé en profondeur pour tendre vers l’hyper proximité. Il est impossible de passer d’un fonctionnement à un autre en quelques mois ni même en quelques années. Le chemin est long et pour cause, nous observons un très fort déséquilibre entre les secteurs centraux et le reste des territoires. Si les quartiers qui voient émerger des programmes immobiliers neufs en France, même éloignés de l’hyper centre, s’attachent à multiplier les commodités et la mixité aux abords du lieu de vie, nous sommes encore loin de la généralité.


Prenons le parfait exemple parisien. Les quartiers du centre de Paris sont inclus dans cette logique de la ville du quart d’heure. En effet, ils proposent une importante diversité au m² de commerces, d’équipements publics, de transports en commun ou encore de lieux culturels et sportifs. A contrario, les confins du Grand Paris affichent une donne bien différente avec un manque criant de commodités amenant la nécessité d’utiliser un véhicule individuel chaque jour ou presque. C’est donc toute une organisation urbaine qui est à repenser.


Autre difficulté, celle liée au rééquilibrage des territoires, sans pour autant amener et créer de nouveaux déséquilibres. Les collectivités ont donc un fin travail d’analyse des besoins individuels et collectifs à mener avant de pouvoir embrasser le concept de ville du quart d’heure. Pour cela, elles misent sur :

  • L’implantation de services et d’équipements publics dans les territoires/secteurs/quartiers où ils font défaut.
  • La mise en œuvre de politiques de logement volontaristes pour apporter des réponses adaptées à la demande et aux besoins. La mixité sociale est l’une des clés de la Smart City et de la ville du quart d’heure.
  • Le développement d’un vaste réseau de mobilités douces mettant à l’honneur les chemins piétonniers et les pistes cyclables. Cela implique de penser des connexions intelligentes entres les transports en commun, les parkings, les routes réservées aux véhicules motorisés et les modes de transports doux.

 

Pour parvenir à cette orchestration globale et à ces changements majeurs, la data, les données sont évidemment la clé. La volonté des politiques de mener leurs territoires vers la ville du quart d’heure est le point de départ de cette révolution urbaine mais les données et les outils d’analyse spatiale sont les leviers concrets permettant d’y parvenir.


Il s’agit donc dans un premier temps de relever les déséquilibres, de les identifier, de trouver des solutions pour les corriger et d’appliquer les solutions théorisées tout en intégrant cette dimension temporelle des 15 minutes, du quart d’heure, comme fil conducteur. Vous comprenez aisément que le défi à relever est de taille !

Toutes les villes intelligentes peuvent-elles tendre vers le modèle du quart d’heure ?

Il serait utopique de répondre par l’affirmative. La dynamique est en effet lancée à vitesse grand V dans les Smart Cities du monde entier. Cette nouvelle urbanité peut d’ores et déjà être observée à Paris dans certains secteurs, à Melbourne, à Ottawa ou encore à Edimbourg. La France n’est pas en reste comme le prouve Nantes qui s’attache à ce fonctionnement des 15 minutes dans plusieurs quartiers à l’image de celui de Prairie au Duc. Les villes de Pantin en Seine-Saint-Denis, de Dijon ou encore de Mulhouse embarquent également sur le chemin de l’hyper accessibilité à titre expérimental.


Mais ce modèle ne peut évidemment pas s’appliquer aux villes du monde entier. Nombreuses sont en effet les petites villes qui appellent un véhicule personnel pour se déplacer, pour se rendre au centre commercial par exemple. Ce concept est aujourd’hui plus particulièrement adapté aux grandes métropoles, créant des espaces urbains plus agréables à vivre et réduisant la pollution dans les villes intramuros, enjeu majeur de la Smart City de demain.


Pour conclure sur ce modèle encore méconnu de ville du quart d’heure, laissons les mots à son théoricien, Carlos Moreno : « Moi ce que je propose avec la ville du quart d’heure ce n’est pas un baguette magique… Je propose un voyage, je propose un chemin, je propose une voie qui rééquilibre le volet écologique, économique et social. C’est-à-dire une ville qui soit vivable, viable et équitable. »


Tout à portée de main… Un concept qui résonne en vous ? Les commodités sont-elles accessibles en moins de 15 minutes depuis votre lieu de vie ?

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